
La densification des territoires urbanisés constitue un enjeu majeur des politiques d’aménagement, notamment en Suisse où la pression foncière et les impératifs de soutenabilité et de résilience territoriale exigent des solutions innovantes et négociées. Sa mise en œuvre implique de concilier des intérêts souvent divergents, d’impliquer une multiplicité d’actrices et d’acteurs, et de mobiliser des instruments fonciers, juridiques et environnementaux complexes. Ce cours propose d'aborder le projet urbain comme un processus de négociation, d'arbitrage et de construction de solutions territoriales faisables.
L’urbanisme est, avant toute chose, une pratique de projet. Loin de se réduire à une simple superposition de normes règlementaires ou à une accumulation passive de contraintes, le projet urbain constitue le vecteur privilégié pour construire et négocier la pesée des intérêts entre des dynamiques spatiales, économiques, sociétales et écologiques complexes — et parfois profondément contradictoires.
Ces tensions croissantes s'illustrent de manière particulièrement aiguë dans nos territoires urbains contemporains, notamment en Suisse où la préservation des sols et la qualité de vie posent des défis inédits :
· L'injonction au logement vs. la préservation des sols : Le besoin pressant de créer de nouveaux logements dans un territoire en fort développement se heurte à la volonté légitime de stopper l'étalement urbain sur les zones agricoles et naturelles. Ces milieux hors bâtis subissent eux-mêmes des pressions antagonistes : intensifier la production agricole locale pour nourrir les populations, répondre aux besoins de récréation et de loisirs des citadins, tout en garantissant un impératif fondamental : réserver des espaces fonctionnels et préservés au monde vivant.
· Les équipements et infrastructures d'accompagnement : L'arrivée de nouvelles populations nécessite la création d'équipements publics, de services, d'espaces scolaires et de réseaux de transport, exigeant du foncier dans des tissus déjà très bâtis.
· La nature en ville et la santé globale : L'aspiration des citadin·es à un cadre de vie apaisé impose de réserver des espaces de délassement, de fraîcheur et de pleine terre au cœur même des polarités urbaines densifiées.
· La préservation des espaces de production : La ville doit maintenir des activités économiques, artisanales et logistiques de proximité, essentielles à sa résilience, sans les rejeter aux périphéries lointaines.
Face à ces arbitrages complexes, le projet urbain ne doit pas être subi comme une équation impossible, mais saisi comme un levier de transformation créatif. Il s'agit de penser des espaces hybrides, multifonctionnels et vivants, capables d'articuler la densité et la qualité spatiale tout en replaçant le socle du vivant au cœur des arbitrages territoriaux et opérationnels.
À travers un atelier de projet appliqué à un site réel, les étudiant·es élaborent en groupe une stratégie de densification intégrant les dimensions spatiales et écologiques, foncières, économiques et sociétales.
Une attention particulière est portée aux jeux d'acteurs, aux mécanismes de négociation, aux arbitrages entre intérêts divergents et à la construction de projets territorialement et opérationnellement réalisables.
L’objectif de cet atelier est de parcourir l’ensemble du processus de projet, depuis le diagnostic territorial jusqu’à sa concrétisation réglementaire. Les étudiant·es élaboreront des scénarios contrastés pour en conduire la pesée des intérêts, permettant ainsi de formaliser une image directrice qui sera ensuite traduite dans un document de planification.
- Professeur-e: Verest Léonard